Un propriétaire ne peut pas rompre un bail ni déloger un occupant à sa guise. En France, l’expulsion d’un locataire ne s’improvise jamais : la loi encadre chaque étape, même quand les loyers ne tombent plus ou qu’un trouble grave secoue l’immeuble. Un faux pas dans la procédure, et le bailleur se retrouve exposé à des sanctions bien réelles.
Parfois, la loi impose même une pause forcée. Durant la trêve hivernale ou en présence de personnes fragiles, il est tout simplement interdit de mettre à la porte, quelle que soit la raison invoquée. Les démarches, les délais, les recours : tout dépend du contrat signé et de la situation du locataire.
Expulser un locataire en France : ce que dit la loi
Impossible pour un bailleur d’agir sans cadre. Le code civil et le bail d’habitation imposent des règles précises : l’expulsion ne se justifie que si le locataire a commis une faute lourde, loyers impayés qui s’accumulent, nuisances répétées, dégradations volontaires. Le propriétaire doit pouvoir prouver ce manquement au contrat.
Souvent, la présence d’une clause résolutoire dans le bail accélère les choses. Cette clause prévoit que le bail s’arrête automatiquement si le locataire ne tient pas ses engagements, après mise en demeure officielle (commandement de payer ou d’agir remis par un commissaire de justice). Sans clause résolutoire, c’est au juge des contentieux de la protection de décider si le bail doit être rompu, et la procédure dure alors plus longtemps.
Voici les étapes incontournables d’une procédure d’expulsion :
- D’abord, le commandement envoyé par commissaire de justice
- Puis le délai légal laissé au locataire pour régulariser la situation
- En cas d’échec, saisine du tribunal et présentation du dossier
- Enfin, décision du juge, qui peut parfois accorder des délais supplémentaires
Durant la trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars, toute expulsion est suspendue, même si la justice a déjà tranché. Le propriétaire doit alors attendre pour demander le concours de la force publique. Ce dispositif protège les locataires, mais oblige les bailleurs à suivre à la lettre chaque étape prévue par la loi.
Dans quels cas un propriétaire peut-il engager une procédure d’expulsion ?
La question revient souvent chez les bailleurs. L’expulsion n’est jamais décidée à la légère : seuls des motifs précis, encadrés par la réglementation, peuvent la justifier. Le cas le plus fréquent reste l’impayé de loyer. Dès que le locataire cesse de payer, le risque de résiliation du bail plane, surtout si le contrat mentionne une clause résolutoire. Mais d’autres situations peuvent aussi mener à l’expulsion.
Certains agissements aggravent la situation. Si un locataire détériore volontairement le logement, outrepasse les règles de la copropriété ou transforme le bien sans autorisation, par exemple en installant un atelier dans le salon, le propriétaire a matière à agir. La sous-location non autorisée ou la transmission du bail à une tierce personne sans accord du bailleur constituent également des fautes graves.
Autre cas : l’occupation sans droit ni titre, autrement dit la présence d’un squatteur. Ici, la loi prévoit une procédure accélérée. Fausse déclaration sur la situation financière ou l’identité lors du dépôt de dossier ? Là aussi, le bail peut tomber.
Pour résumer, voici les principaux motifs pouvant conduire à une expulsion :
- Loyers impayés ou retards de paiement à répétition
- Dégradations volontaires ou usage inapproprié du logement
- Occupation illicite (squatteur)
- Fausses déclarations ou documents trompeurs fournis par le locataire
- Non-respect des règles de copropriété ou des clauses du bail
Le bailleur doit toujours apporter la preuve de ces manquements et suivre la procédure prévue par le droit. Sauter une étape, ou agir sans motif réel, expose à un sérieux revers devant le juge.
Étapes et délais : comment se déroule une expulsion locative ?
Mettre en œuvre une expulsion, c’est dérouler un protocole précis. Tout démarre par la remise d’un commandement de payer par un commissaire de justice. Le locataire dispose alors de deux mois pour régulariser sa dette ou trouver une solution. Ce moment peut être l’occasion de solliciter la CAF, de négocier un plan d’apurement ou d’engager le dialogue avec le bailleur.
Si la situation ne se règle pas, la balle passe au tribunal judiciaire. Seule la justice peut acter la résiliation du bail et autoriser l’expulsion. Avec une clause résolutoire, le juge valide la résiliation s’il constate la dette. Sans clause, il examine en profondeur si la rupture du contrat est justifiée.
Une fois la décision rendue, un commissaire de justice remet au locataire un commandement de quitter les lieux. Un nouveau délai, généralement de deux mois, s’ouvre alors. Si le locataire ne part pas, le propriétaire peut demander à la préfecture le concours de la force publique.
L’expulsion reste impossible durant la trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars. En pratique, les délais s’étirent : il peut s’écouler plus d’un an entre le premier impayé et l’exécution par la force publique. Le locataire a encore la possibilité de saisir la commission de surendettement ou de demander des délais de paiement, prolongeant la procédure.
Le respect méticuleux de chaque étape est indispensable. Aucune improvisation n’est tolérée : chaque acte doit passer par un commissaire de justice, et les droits du locataire rester protégés jusqu’au bout.
Prévenir les litiges : conseils pour éviter d’en arriver à l’expulsion
Bien souvent, tout se joue avant même le moindre conflit. La sélection attentive du dossier locataire, la vérification des garanties (garantie Visale, assurance loyers impayés), la clarté sur les ressources : autant d’éléments qui limitent les risques. En pratique, accompagner le futur locataire dans la constitution de son dossier, détailler le contenu du bail d’habitation et les obligations qui en découlent met les choses à plat dès le départ.
Face à un premier retard de paiement, privilégier un échange direct et honnête : un appel ou un courrier courtois désamorce souvent la tension. Il est utile d’informer sur les aides existantes : la CAF pour l’allocation logement, la commission de surendettement en cas de difficultés durables. Ces relais peuvent fluidifier la communication et éviter de basculer dans le contentieux.
Le respect du contrat de location reste la base : paiement du loyer, entretien du logement, usage paisible. Pour le bailleur, la vigilance s’exerce sur la révision des loyers, le suivi des charges, la gestion des échanges écrits. Certains propriétaires choisissent de déléguer la gestion locative à des professionnels pour gagner en sérénité.
Voici les réflexes à adopter pour limiter les litiges :
- Dialoguer dès l’apparition de la difficulté
- Proposer les dispositifs d’aide disponibles
- Consigner chaque échange par écrit
- Revoir régulièrement les garanties souscrites
Tout repose sur l’anticipation et la clarté. Quand la confiance se construit dès le départ, la location traverse les tempêtes sans perdre l’équilibre.


