Le marché immobilier de Marrakech au premier semestre 2026 ne suit pas le scénario d’envolée que beaucoup anticipaient. L’indice des prix immobiliers (IPAI) publié par Bank Al-Maghrib et l’ANCFCC montre un recul d’environ 1,5 % au T1 2026, suivi d’une reprise de 0,5 % au T2. Les transactions ont chuté de plus de 50 % au premier trimestre avant de rebondir d’environ 18 % au deuxième.
Acheter une maison à Marrakech en 2026 suppose de lire ces signaux correctement, pas de suivre les gros titres.
Droit d’enregistrement sur le cash et impact sur les prix à Marrakech
Depuis le 1er juillet 2026, un droit d’enregistrement supplémentaire de 2 % s’applique aux paiements non traçables. Cette mesure, introduite par la Loi de Finances 2026, cible directement les transactions réglées en espèces, pratique encore répandue sur le marché marocain.
L’effet sur le terrain est double. Côté vendeurs, ceux qui fonctionnaient avec une partie du montant déclarée en dessous du prix réel revoient leur stratégie. Côté acheteurs, le surcoût fiscal pousse à négocier plus durement, notamment sur les biens anciens en médina et dans les quartiers périphériques où les transactions informelles étaient courantes.
Nous observons que cette taxe crée un attentisme mesurable : la chute de plus de 50 % des transactions au T1 2026 à Marrakech en est la traduction directe. Les vendeurs qui refusent d’ajuster leurs prix restent bloqués. Ceux qui acceptent la traçabilité totale trouvent des acquéreurs, mais à des niveaux de prix inférieurs à ce qu’ils espéraient fin 2025.
Ce que cela change pour un acheteur étranger ou MRE
Un acheteur passant par virement bancaire international n’est pas concerné par ce surcoût. La transaction est traçable par nature. En revanche, il bénéficie indirectement de la pression baissière que cette taxe exerce sur les prix affichés.
Le levier de négociation est réel : sur un riad en médina ou une villa en Palmeraie, la marge de discussion a sensiblement augmenté depuis début 2026, là où elle était quasi inexistante en 2024-2025.

Correction des prix à Marrakech : zones et typologies les plus touchées
La correction ne frappe pas uniformément. Les appartements dans les quartiers de Guéliz et de l’Hivernage résistent mieux, portés par une demande locative saisonnière constante. Les villas haut de gamme en Palmeraie subissent un ajustement plus marqué : l’offre excédentaire accumulée entre 2022 et 2025 pèse sur les prix.
Les riads de la médina se divisent en deux marchés distincts :
- Les riads rénovés aux normes, titrés et raccordés au réseau d’assainissement, maintiennent leur valeur grâce à la demande locative touristique et à la rareté du foncier intra-muros.
- Les riads non titrés ou en melkia, nécessitant une régularisation foncière longue, voient leurs prix reculer nettement. Le délai de titrification (souvent supérieur à un an) décourage les acheteurs pressés.
- Les terrains nus en périphérie (route d’Amizmiz, route de Fès) restent les plus volatils : leur valorisation dépend entièrement des plans d’aménagement en cours de validation par les communes.
Le segment le plus favorable à l’achat en 2026 reste le riad titré en médina, combinant rareté foncière, rendement locatif et protection contre l’inflation.
Crédit immobilier au Maroc pour non-résidents : contraintes réelles en 2026
Nous recommandons de clarifier le volet financement avant toute prospection. Les banques marocaines accordent des crédits aux étrangers et aux MRE, mais les conditions se sont durcies.
L’apport personnel exigé dépasse généralement 30 % du prix du bien. Les taux fixes proposés aux non-résidents sont supérieurs à ceux du marché local. La durée maximale de remboursement est souvent plafonnée à 15 ans, contre 25 ans pour un résident fiscal marocain.
Montage alternatif à considérer
Certains acquéreurs européens financent l’achat via un crédit hypothécaire dans leur pays de résidence, adossé à un bien qu’ils possèdent déjà. Ce montage évite les contraintes du crédit marocain et permet de bénéficier de taux plus compétitifs. La seule obligation reste le rapatriement des fonds via le circuit bancaire officiel, avec déclaration auprès de l’Office des changes du Maroc.
Tout paiement doit transiter par un compte bancaire marocain au nom de l’acquéreur pour sécuriser la transaction et éviter le surcoût du droit d’enregistrement sur le cash.

Mondial 2030 et prix immobilier à Marrakech : effet réel ou spéculatif
L’argument du Mondial 2030 revient dans chaque conversation avec les promoteurs. Marrakech accueillera des matchs, ce qui implique des investissements en infrastructure (voirie, transport, hôtellerie). L’effet sur les prix résidentiels mérite d’être nuancé.
Les grands événements sportifs dopent temporairement la demande locative courte durée, pas nécessairement les prix d’achat à long terme. L’expérience d’autres villes hôtes montre que la hausse pré-événement est souvent suivie d’une stagnation post-événement. Les quartiers proches des stades et des axes de transport bénéficient d’un effet de proximité, mais les zones résidentielles éloignées n’en tirent qu’un bénéfice marginal.
Pour un acheteur qui vise un horizon de détention supérieur à cinq ans, le Mondial ne devrait pas constituer le critère principal de décision. La localisation, le statut foncier du bien et le rendement locatif intrinsèque comptent davantage.
Acheter à Marrakech en 2026 : les vérifications non négociables
Le marché marrakchi reste un marché où la due diligence fait toute la différence. Avant de signer un compromis de vente :
- Vérifier le titre foncier auprès de la Conservation foncière (pas uniquement la copie présentée par le vendeur). Un bien en melkia sans titre expose à des revendications de tiers.
- Contrôler la conformité urbanistique : permis de construire, certificat de conformité, raccordement aux réseaux. Les constructions non autorisées sont fréquentes en périphérie.
- Exiger un certificat de propriété daté de moins de trois mois et vérifier l’absence d’hypothèques ou de saisies.
- Pour un riad en médina, faire réaliser un diagnostic structurel par un bureau d’études indépendant. Les fondations en pisé peuvent masquer des pathologies lourdes.
Un bien correctement titré et diagnostiqué se revend plus vite et mieux, quel que soit le cycle du marché.
Le premier semestre 2026 offre une fenêtre d’achat inhabituelle à Marrakech. La combinaison d’un volume de transactions historiquement bas et d’une pression fiscale nouvelle sur les vendeurs crée des conditions de négociation rares. Cette fenêtre se refermera probablement à mesure que le marché absorbe les nouvelles règles fiscales et que l’effet Mondial 2030 commence à se matérialiser dans les projets d’infrastructure.

