L’achat d’un bien immobilier en Andorre ne se résume pas au prix affiché. Entre la taxe d’investissement étranger non finançable par les banques, l’ITP, les frais notariés et les nouvelles restrictions sur le nombre de biens détenables, l’écart entre le prix catalogue et le budget réel dépasse régulièrement les 15 %. Nous détaillons ici les postes que la plupart des simulations en ligne sous-estiment.
Taxe d’investissement étranger en Andorre : le poste que les banques refusent de financer
La taxe spécifique sur l’investissement immobilier étranger (IIEI) constitue le premier angle mort des budgets prévisionnels. Fixée à 6 % ou 10 % du prix selon le profil de l’acquéreur, elle s’ajoute au prix d’acquisition sans possibilité de l’intégrer dans le montant du crédit hypothécaire.
Les banques andorranes plafonnent le prêt en pourcentage de la valeur du bien. L’IIEI doit être couverte intégralement par l’apport personnel, au même titre que les frais de notaire et d’enregistrement. Un investisseur qui tablait sur un apport de 20 à 30 % doit en réalité mobiliser un apport supplémentaire équivalent à cette taxe, en cash.
Concrètement, pour un appartement à Escaldes-Engordany (paroisse la plus chère, avec un prix moyen autour de 8 052 €/m²), l’IIEI seule sur un 80 m² représente une somme à cinq chiffres que le plan de financement bancaire ignore totalement. Nous recommandons de provisionner cette ligne dès la première simulation, avant même de contacter un courtier.

Budget réel d’achat immobilier en Andorre : décomposition poste par poste
L’erreur classique est de raisonner en « prix + 4 % de frais ». La réalité pour un non-résident est sensiblement plus lourde. Voici les postes à intégrer dans le calcul du coût total :
- ITP (Impôt sur les Transmissions Patrimoniales) à 4 % du prix pour un bien de seconde main, ou IGI pour un bien neuf. Cette taxe est systématique et non négociable.
- Frais de notaire : ils couvrent la rédaction de l’acte authentique et la vérification juridique du bien. Le montant varie selon la complexité de la transaction mais reste inférieur à ce que l’on observe en France.
- Frais d’inscription au registre foncier : un poste modeste mais incompressible, à régler lors de l’enregistrement de la propriété.
- IIEI (6 % ou 10 %) : applicable uniquement aux investisseurs étrangers, non finançable par crédit.
- Frais bancaires liés au crédit hypothécaire : ouverture de dossier, expertise du bien, assurance emprunteur.
En cumulant ces lignes, le surcoût total pour un acheteur étranger se situe bien au-delà de 10 % du prix affiché. Ce différentiel explique pourquoi certains projets calés sur un budget serré échouent au stade du financement.
Plafonds de détention et restrictions 2025-2026 pour les étrangers
La réforme de la loi logement et immigration de 2025, complétée par la loi 3/2024, a restructuré les règles de détention. Un investisseur étranger ne peut désormais posséder qu’un terrain (destiné à une maison ou un immeuble), ou une maison, ou deux appartements, ou six places de parking.
Cette limitation change la donne pour les stratégies de constitution de patrimoine locatif. Acheter trois studios pour les louer n’est plus possible. Le calcul de rentabilité doit intégrer ce plafond dès la phase de prospection, pas après la signature du compromis.
Obligation de loyers régulés
Les biens acquis par des investisseurs étrangers peuvent être soumis à une obligation de mise en location à loyer régulé. Ce mécanisme, introduit dans le cadre des réformes récentes, réduit le rendement locatif brut par rapport aux projections classiques. Un investisseur habitué aux rendements du marché libre doit recalculer sa rentabilité nette en tenant compte de ce plafonnement.

Prix au mètre carré par paroisse : où se situe la valeur en Andorre
Les écarts de prix entre paroisses sont significatifs et conditionnent directement le budget global. D’après les annonces actives recensées :
| Paroisse | €/m² moyen | €/m² médian |
|---|---|---|
| Escaldes-Engordany | 8 052 € | 7 874 € |
| Ordino | 6 941 € | 7 203 € |
| Andorra la Vella | 6 639 € | 6 508 € |
| Canillo | 6 487 € | 6 000 € |
| La Massana | 5 938 € | 4 891 € |
| Encamp | 5 324 € | 5 685 € |
| Sant Julià de Lòria | 4 506 € | 4 794 € |
L’écart entre Escaldes-Engordany et Sant Julià de Lòria dépasse 3 500 €/m² en moyenne. Pour un même budget, on passe d’un deux-pièces dans la paroisse la plus cotée à un appartement nettement plus spacieux dans le sud du pays. Le choix de la paroisse est le premier levier d’optimisation du budget réel.
Financement bancaire en Andorre : ce que les banques prêtent réellement
Les résidents fiscaux depuis plus de trois ans accèdent à un ratio prêt/valeur (LTV) pouvant atteindre 80 %. Les non-résidents et les résidents récents obtiennent des conditions moins favorables, avec un LTV réduit et des taux généralement plus élevés.
Le point à retenir : la banque calcule le LTV sur la valeur du bien, pas sur le coût total d’acquisition. Les frais, taxes et IIEI restent à la charge de l’apport. Un acheteur étranger qui vise un bien à 400 000 € doit prévoir, en plus de l’apport classique, la totalité des frais détaillés plus haut.
Nous observons que les dossiers les mieux préparés sont ceux qui présentent un plan de financement intégrant chaque ligne de coût dès le premier rendez-vous bancaire. Les banques andorranes apprécient cette transparence et ajustent leurs conditions en conséquence.
L’achat immobilier en Andorre reste compétitif sur le plan fiscal par rapport à la France ou à l’Espagne, à condition de maîtriser chaque poste du budget. Les réformes de 2025-2026 ont durci l’accès pour les investisseurs étrangers sans rendre le marché inaccessible. La clé réside dans un chiffrage exhaustif avant toute offre, en intégrant l’IIEI, les plafonds de détention et les conditions réelles de financement bancaire.

